Cristel, « La force d’y croire »





Interview de Damien Dodane, co-CEO de Cristel, à l’occasion du bicentenaire de la maison, le 25 juin 2026

Le 25 juin prochain, vous célébrez les 200 ans de Cristel. Votre maison incarne de manière exemplaire le modèle vertueux des entreprises familiales, avec une histoire passionnante contée par votre mère dans le livre « La force d’y croire – L’aventure CRISTEL ». Comment imaginez-vous cette journée anniversaire, et que souhaitez-vous qu’elle transmette comme message ?

Cet anniversaire est une opportunité formidable de communiquer sur nos savoir-faire et notre stratégie d’entreprise. Comment CRISTEL, née des cendres d’un empire industriel qui a vécu des heures de gloire à la fin du XIXème siècle jusqu’à la deuxième guerre mondiale, a réussi à se nourrir de son histoire pour en inventer une nouvelle ?

Cet anniversaire, nous souhaitons le célébrer en communiquant sur la fierté des hommes et des femmes qui font CRISTEL aujourd’hui, sur la conscience profonde que nous sommes nés de l’énergie et la créativité de tous ceux qui ont eu, et qui ont, plus que jamais, « La force d’y croire ».

Nous avons prévu d’inscrire cet anniversaire tout au long de l’année pendant les évènements professionnels auxquels nous avons l’habitude de participer. Nous avons donc commencé en dévoilant notre nouveau logo et charte graphique à l’occasion du salon Ambiente de Francfort.

Nous avons également créé une nouvelle collection limitée, appelée « Bicentenaire », qui prend son inspiration sur la première casserole emboutie au monde, née dans notre usine en 1826. Reprenant la forme légèrement conique de la cuve nous avons dessiné une poignée qui peut rappeler celle de nos grands-parents, mais qui est beaucoup plus moderne et confortable. Cette collection a déjà beaucoup de succès. Elle porte avec elle une grande partie de notre histoire. Il y a de l’émotion dans ce produit.

Nous profiterons aussi de Maison & Objet pour organiser une exposition unique sur notre histoire et ceux qui la font. Grâce à la SAFI qui nous prête le sas d’entrée du Hall 4, nous préparons cet évènement avec beaucoup d’attention et de passion. C’est aussi à l’occasion de ce salon que nous dévoilerons la première poignée amovible désignée par Noé Duchaufour Lawrance. C’est la première fois que CRISTEL ouvre ses portes à un designer extérieur à l’entreprise. Jusqu’ici, mon père, Paul Dodane a signé la quasi-totalité des produits de la marque.

Nous préparons une grande fête également le 25 juin, dans notre usine, pour rassembler les partenaires cet collaborateurs qui nous soutiennent au quotidien, en France et dans les 50 pays dans lesquels nous commercialisons nos produits.

Enfin, nous travaillons avec deux historiens, Pierre Lamart et Aurélie Braillet, sur la création d’un livre qui retracera l’histoire de l’entreprise par en se concentrant sur l’aventure humaine et comment le patrimoine dont nous sommes héritiers, vit dans notre quotidien au travail. Ce livre a été l’occasion d’interroger l’ensemble de nos collaborateurs et c’est très émouvant de lire leur témoignage.

Le prochain Sommet du Luxe et de la Création s’interrogera sur ce qui fonde véritablement la valeur du luxe — cet « invisible qui compte » —, quelle est, selon vous, l’essence de la valeur d’un produit d’excellence ?

Le luxe a trop souvent associé la valeur au prix. Objet de différenciation flattant la vanité d’une minorité. Pour moi, le luxe est avant tout la possibilité de créer en toute liberté.

Chez CRISTEL, nous créons des produits de très grande qualité, fabriqués en France, garantis à vie, avec une très grande attention au bien-être de tous nos collaborateurs et partenaires ainsi qu’à la planète qui nous abrite. Ces deux-là sont plus fragiles que les produits que nous fabriquons et méritent toute notre attention.

En tant qu’entreprise, nous nous sentons tous responsables de la santé de nos consommateurs, de la qualité de notre fabrication et de la préservation de notre environnement. C’est notre luxe. Notre luxe à nous, c’est de pouvoir continuer à nous développer dans le respect profond de nos valeurs. Notre chance, c’est que nos clients nous suivent.

Ma mère a l’habitude de dire que la richesse d’une entreprise c’est d’abord et avant tout, son capital humain.

Porter un jean Tuffery, c’est une forme de luxe pour moi. Pouvoir m’offrir un produit qui a été fabriqué avec amour, dans le respect des hommes et de la nature, c’est mon luxe à moi. Chaque étape de fabrication a été soigneusement étudié pour mon bien être, ma santé et mon confort dans le plus grand respect du travail de chacun et de notre environnement. Cela double mon plaisir de porter ce vêtement.

Je pense que ce qui fait la différence entre un produit de luxe et les autres, c’est l’émotion qu’il provoque chez celui qui peut en devenir propriétaire.

Il y a des objets comme ça qui nous accompagne toute notre vie…une belle montre est un bijou qui nous accompagne et que nous aimons porter tous les jours…parce qu’on sent toute l’attention, tout le savoir-faire, toute la précision concentrée dans un si petit objet. L’émotion est encore plus grande quand on sait qu’elle aura été fabriquée avec un respect profond pour ceux qui la construisent et pour l’environnement. Ce sont aujourd’hui des valeurs qui participent à l’émotion du luxe. J’espère que tous ceux qui achètent des produits CRISTEL perçoivent la même émotion.

L’industrie du luxe nous a appris aussi beaucoup sur la notion de service. Nous avons beaucoup appris des grandes maisons de luxe sur l’attention réelle au client. Chez Cristel, nous avons tout de suite construit une relation avec nos clients qui est sacrée. Cela nous oblige aussi à un niveau de qualité qui est unique. Cela participe aussi à l’égrégore autour de notre marque. C’est très important.

La valeur d’un produit d’excellence ne se mesure plus uniquement à son prix. Celui-ci doit bien sûr refléter la qualité, le savoir-faire, l’innovation, le choix des matériaux et l’exigence de fabrication : c’est indispensable, mais désormais insuffisant. Les clients associent aujourd’hui ces critères à une dimension devenue centrale — la durabilité. Celle-ci s’exprime à la fois dans le produit lui-même et dans les valeurs portées par l’entreprise qui le conçoit.

Chez CRISTEL, ces valeurs se traduisent par la recherche constante de l’excellence et par une véritable éthique de qualité, tant dans la fabrication des produits que dans les engagements sociaux, sociétaux et environnementaux (phrase extraite de votre site).

Au-delà de la performance des produits et de l’innovation, le développement de l’entreprise est ainsi indissociable de ses responsabilités : l’attention portée aux salariés, la transmission des savoir-faire aux jeunes générations, ainsi que l’ancrage territorial d’une production respectueuse de l’environnement.

Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle important pour faire connaître ces engagements. Des distinctions comme celles d’Entreprise du Patrimoine Vivant ou d’Entreprise à Mission restent encore peu identifiées à l’international, mais elles constituent des repères précieux pour exprimer et valoriser ces valeurs, de plus en plus reconnues dans le monde.

La France a la chance de compter de nombreuses entreprises profondément engagées. Ainsi, porter un jean de l’Atelier Tuffery ne relève pas seulement d’un choix de qualité ou de style : c’est aussi adhérer à une vision, soutenir une activité bénéfique pour les territoires et pour celles et ceux qui y travaillent.

Le luxe évolue : il ne se définit plus seulement par l’exclusivité des produits, mais aussi par la responsabilité des entreprises qui les portent et leur engagement en faveur de l’avenir. C’est désormais cette alliance entre excellence et sens qui construit durablement la notoriété des maisons d’exception.

Le luxe apparaît aujourd’hui comme un moteur de réindustrialisation des territoires, en particulier grâce à des PME et des entreprises familiales qui maintiennent, créent de nouvelles usines de production, voire relocalisent leur production. Quel regard portez-vous sur le rôle économique, mais aussi social et culturel, que peut jouer le luxe dans cette dynamique ?

L’industrie du luxe est un formidable promoteur de savoir-faire. Combien de métiers, d’artisanats d’art, de savoir-faire techniques et manuels auraient disparus sans une demande croissante de toutes ces compétences et ces talents. C’est souvent grâce au luxe que nous repoussons les limites de nos savoir-faire.

Nous travaillons de plus en plus avec les chefs étoilés qui utilisent et apprécient nos produits pour leurs qualités et leur performances. C’est avec des chefs et des pâtissiers que nous avons crée la collection Castel Pro qui fait l’unanimité aujourd’hui dans les grandes cuisines. Les chefs sont des artistes qui interrogent en permanence leurs savoir-faire, leurs cultures gastronomiques pour nous apporter toujours plus d’émotions. Ils sont de plus en plus engagés, autant dans la préservation de notre nature qui peut leur fournir les produits les plus sains et gouteux, que dans leur approche managériale qui a trop souffert d’une servitude à un rythme de travail pénible. A l’image de Michel et Sébastien Bras ou de Mauro Colagreco qui s’investi beaucoup pour que les chefs travaillent avec des producteurs qui respectent un équilibre naturel et produisent dans le respect de l’environnement et de la nature, il est important que nous soyons capables de leur fournir des « outils » produits avec ces mêmes valeurs environnementales, sociales et sociétales.

CRISTEL est une entreprise à Mission. Cela veut dire qu’au delà de la nécessité de créer de la richesse pour se développer, nous nous sommes posé la question de savoir quelle était la véritable mission de notre activité. Pourquoi et comment nous avons envie de travailler ?

C’est peut-être un luxe de se poser cette question et en plus de l’inscrire dans ses statuts. Mais c’est d’abord une démarche qui invite à trouver une synergie entre tous les acteurs qui travaillent au quotidien et tous les clients qui utilisent nos produits. Notre mantra « cuisinons ensemble un monde meilleur » est la véritable motivation de l’ensemble de notre entreprise…Comme dit Emmanuel Brugger, notre Directeur Général, « fabriquer des casseroles, en fait, c’est une couverture…mon véritable métier, c’est de créer un monde meilleur ». J’adore.

Enfin, je pense qu’en vendant nos produits au Japon, aux USA, dans 53 pays dans le monde, nous diffusons une partie de la culture française. Une culture fortement imprégnée des valeurs du luxe. C’est ce que recherchent justement ces clients qui achètent nos produits.

Nous nous sentons responsables de préserver et développer nos savoir-faire et nous sommes fiers, tous ensembles, d’y travailler au quotidien. Cela donne du sens à notre travail.

2026-06-19T13:22:32+02:00
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