Représentation de « L’invisible » par Jean-Baptiste Sibertin-Blanc

Interview de Jean-Baptiste Sibertin-Blanc,
Artiste, designer et chercheur.

Après 4 années au Ricardo Bofill Taller de Arquitectura, Jean-Baptiste Sibertin-Blanc – ébéniste, Ecole Boulle et designer, Ensci les ateliers – crée son premier Studio à Paris. Il acquiert depuis une perception des matériaux, vaste et transversale, dont le verre, entre industries et métiers d’art. Histoire des lieux, desseins et recherches sont au coeur des dialogues qu’il tisse avec ses partenaires : Assa Abloy, Hôtel Cheval Blanc, Diocèse de Toul & Nancy, Henryot & Cie, Hermès, Maison Berger, Meisenthal, Mobilier national, Orfèvrerie de France, Puiforcat, Saint-Gobain.

Directeur de la création de la Cristallerie Daum – 1999/2011 – enseignant à l’Esad de Reims puis à l’Ensad de Nancy, le partage de connaissances appartient à ses nombreux projets. En 2020, il mène une résidence au MusVerre (Dt. du Nord) aux frontières de l’art et du design. L’exposition « Lettres de verre, une éclipse de l’objet » en sera la restitution fidèle. En 2022, à l’invitation de la Région Grand Est, il est le scénographe et commissaire de l’exposition « Passé, Présent, Futurs : le Verre dans tous ses éclats » pour clore l’Année internationale du verre. Ainsi, confrontant le design au langage de la matière, il raconte une histoire du verre dans le Grand Est, à l’Abbaye des Prémontrés.

En 2023, il est distingué Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres par la ministre de la culture, Rima Abdul Malak. En 2024, Il est invité d’honneur au Biot International Glass Festival et en 2025 à la Biennale internationale du verre de Paris, à l’Orangerie du Sénat. L’ensemble
de sa démarche est reconnu au Sommet du Luxe et de la Création à Paris par le Talent de l’Élégance.

Vous avez été immédiatement inspiré par le sujet du Sommet visant à porter un regard neuf sur le thème de la relation entre la valeur et le prix du luxe pour mettre en lumière l’invisible qui fait la différence. Pourquoi ?

Le titre du prochain Sommet m’a immédiatement interpelé : l’invisible qui compte. Nous avons si peu de mots pour évoquer, partager ce qui nous émeut au plus profond lorsque nous sommes séduits, envahis par des créations où le talent se joue des multiples valeurs qui le composent. La perception et les émotions qui président à l’achat d’un produit de luxe sont pour moi du domaine de l’indicible, que j’associe volontiers à la difficulté de nommer les multiples facettes de la séduction qu’il ne serait pas raisonnable d’analyser, de mesurer, de quantifier. Le sacré se cache dans l’invisible. C’est la part secrète qui rend un objet unique, qui donne toute sa valeur à un artiste. C’est le challenge du designer de raconter et de créer cette émotion qui bouleversera le collectionneur.

Par contraste, l’invisible, je l’associe aussi à une modernité qui nous submerge d’images et de visuels jusqu’à annihiler notre capacité à voir les choses, à les vivre, à les ressentir, à les rendre presque invisibles.

Qu’est-ce que vous avez voulu transmettre à travers le design et le matériau choisi pour ces neuf lettres ?

Cet invisible sera paradoxalement très présent au coeur des débats du prochain Sommet. J’ai aussitôt pensé comment « matérialiser » cet invisible qui est un tout, technique, poétique, matériel, associés aux métiers de la main. Je pense que chacun a le souvenir d’avoir été subjugué par la lumière, les couleurs, les lueurs, créées par les vitraux et se dispersant dans la nef d’une cathédrale, cette présence subtile, immatérielle, enivrante. Le verre est un matériau très présent dans mon travail et l’invisibilité n’est pas la moindre de ses qualités avec lesquelles je joue, opacité, transparence, dissimuler, révéler, être et ne pas être. Le trophée sera la trace première que laissera cette magnifique journée aux lauréats.

Aussi je souhaitais que chaque trophée soit unique comme chaque talent, l’Elégance se différencie de l’Audace, tout comme la Rareté de l’Harmonie… Ainsi est arrivée l’idée de créer chaque trophée comme une enluminure, magnifiant le mot et le geste. L’étymologie de ce mot apparu dès le V e siècle siècle est illuminare qui signifie en latin rendre lumineux, éclairer. Voila comment dans le prolongement de mon travail sur les lettres de verre, sur le langage de la matière, sur la transparence des mots, les trophées se sont dessinés peu à peu.

2026-02-02T16:51:21+01:00
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