Le luxe et la réindustrialisation de la France

Edito

Depuis que nous sommes entrés de plain-pied dans la campagne électorale, la réindustrialisation de la France est réapparue dans les discours politiques.

L’industrie du luxe qui est un modèle de réussite pour la France, y contribue et pourrait bien demain y contribuer plus encore.

Bruno Le Maire ne déclarait-il pas en 2019 « La France n’a pas les GAFA, mais elle a les géants du luxe mondial ». Et selon le dernier rapport de Deloitte sur le luxe, la France a encore surperformé face à la pandémie. Les entreprises françaises réalisent 28,1% des ventes mondiales de produits de luxe. Ce sont elles qui ont produit les meilleures marges bénéficiaires nettes en 2020 et enregistré des hausses importantes de chiffre d’affaires en 2021, parfois supérieures de 20 à 40% à leurs niveaux d’avant la Pandémie. Résultat : le TOP 10 des champions mondiaux du luxe compte 4 entreprises tricolores.

Le luxe a ainsi permis à des régions françaises de conserver des savoirs ancestraux et un outil industriel, notamment grâce à ses écoles de formation interne et à ses investissements.

Il faut également reconnaître que l’implication de la puissance publique, qu’elle soit nationale, à travers par exemple la signature du contrat stratégique de Filière mode et luxe en 2019, ou régionale, renforce indéniablement cette dynamique positive.

Citons à cet égard, la Région Bourgogne-France-Comté qui forte de son tissu industriel principalement composé de PME, expertes dans de nombreux métiers, fabriquant des composants voire des produits pour les plus grandes marques mondiales, a inscrit dans ses priorités, l’accueil des entreprises de luxe mais aussi des artisans sans lesquels le luxe ne serait pas.

Car n’oublions pas que le luxe est avant tout populaire. Le luxe, ce sont des artisans, des couturières, des lunetiers, des vignerons mais aussi des métiers auxquels on s’attend moins tels que des chimistes ou des micro-mécaniciens … qui, selon le Comité Colbert, représenteraient au total près d’un million d’emplois directs et indirects.

C’est la trame même de notre génie qui réunit les courants profonds de nos savoirs et tours de main en attirant la créativité et la capacité d’innovation d’un peuple « ondoyant et divers » comme le disait si bien Montaigne.

Les prévisions de croissance du luxe à horizon 2030, majoritairement située en Asie mais se déployant au rythme de la croissance démographique et de l’enrichissement de nombreux autres pays seront déterminantes pour le maintien des emplois sur notre territoire.

Car désormais la tentation des délocalisations et de l’attrait corollaire de l’implantation dans les pays de consommation pourraient fléchir face à « l’ardente obligation » de préserver ses atouts de production et la proximité avec les bassins de création que la France mais aussi l’Italie et la plupart des pays d’Europe recèlent.

Et la nouvelle donne qui semble se dessiner depuis le covid, selon laquelle les consommateurs français mais aussi européens privilégieraient le local autant si ce n’est plus que la qualité, pourrait renforcer les perspectives très favorables du luxe français en France et plus largement en Europe.

Une conjonction favorable donc…Mais aussi une nouvelle donne ambitieuse.

Jacques Carles, président du Centre du luxe et de la création

2022-01-14T19:24:55+01:00
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